Intervenant : Denis Pourawa, poète écrivain chercheur Autochtonéctique
Cycle de séminaires « Décoloniser la pensée - Regards autochtones »
Le 30 mars 2026, de 18h à 20h, Salle Nicolas Bourbaki, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris
Résumé
Dans ce séminaire je vais présenter un objet cérémoniel ancestral kanak (Nââkwéta) ou tenter de vous faire découvrir le cheminement d’une pensée autochtone de l’Océanie Pacifique, ici une « pensée kanaké » de l’objet cérémoniel ou objet ancêtre de la paix. Comment comprendre et traduire une pensée autochtone à travers la transmission d’une mémoire orale inscrite dans une pierre de jade de montagne ? Comment les ancêtres kanak transmettaient leurs sciences d’une philosophie du vivant ? Le sujet de cet objet d’étude est passionnant, à savoir comment un objet initiatique vivant peut déconstruire la propagande intellectuelle coloniale raciste par des arguments d’une science ancestrale investie d’une « pensée originelle » agissante, sur son environnement direct. Et de quelle manière scientifique et politique une connaissance initiatique ancestral kanak permet de renverser les récits coloniaux racialistes les plus irréductibles.
Chercheur Autochtonéctique, le statut coutumier kanak définit l’expertise scientifique en la « pensée kanaké » de l’initiatique ancestrale. Un savoir empirique longtemps ignoré mais toujours vivace en terre clanique kanak. Initié à l’école de la parole mélanésienne kanaké de mes anciens (clan Purawa), ayant quitté volontairement le cursus scolaire en classe de 3 -ème pour des raisons politiques et culturelles, puis adolescent engagé dans des groupes autonomes militants, pratiquant en autodidacte les outils d’analyses critiques révolutionnaires marxistes, devenu scrupuleux lecteur des philosophes des Lumières et intransigeant critique des anthropologues, ethnologues et sociologues contemporains, c’est au fil du temps une humble conscience qui s’est forgée avec le discours politique culturel kanak de « reformulation permanente » né de l’esprit de Jean-Marie Tjibaou. J’interroge avec modestie et avec exigence la société, le modèle des uns et l’adaptation des autres. Analysant et confrontant le discours muséal de la possession des objets face à la revendication kanak vivante, immuable, de restitution des objets, de sa mémoire et sa « pensée kanaké».
Être Autochtone c’est peut-être cette chance. Pour conclure, « dire et faire » est une parole traditionnelle en Kanaky Nouvelle-Calédonie souvent utilisée dans les discours coutumiers kanak pour responsabiliser les jeunes générations devant une tâche à réaliser, et c’est une « pensée kanaké » ici l’objet de ma communication sur une Décolonisation des imaginaires coloniaux.
Biographie
Par mes débuts en écriture, de mes initiations traditionnelles auprès de mes anciens du pays coutumier Xârâcùù, ce qui s’entend hèrèsùù, traduit « parole d’ouverture ou parole tracée », précisément en terre Bwëërawa-Mérénémé, très tôt j’ai reçu en transmission le langage de la « parole tracée », celui du gravé sur les roches, sur le bambou, sur le bois, ce qui m’a tout naturellement conduit à poursuivre mon geste et ma pensée d’écriture sur le papier et vers l’édition. Mon travail consiste depuis quelques années à retrouver les traces silencieuses de mes anciens du clan, traces de vies toujours présentes à travers des objets important de ma culture (sculpture, bambou gravé, poterie, ossement, tapa, pierre…) qui furent dispersés dans les musées du monde depuis la prise de possession de mon pays la Nouvelle-Calédonie par la France en 1853. Ce long cheminement de recherche je l’ai nommé la « décolonisation des imaginaires coloniaux » de la mémoire des objets kanak dans les musées. Pour poursuivre mon cheminement d’écriture, je me suis installé en France en 2009, d’où j’ai parcouru l’Europe sur le champ des arts dans le milieu du théâtre et de la performance artistique. Actuellement je continue mes recherches sur les objets kanak et je continue également mon travail d’écriture poétique sur l’oralité kanak. En 2023 j’ai intégré l’Association pour la Recherche sur le Développement des Compétences de l’université de Paris-VIII (ARDéCO). J’ai contribué en 2024 en tant qu’artiste kanak international à l’exposition RENCONTRES au musée du MEG de Genève. D’une publication à l’autre, entre autres La Tarodière en 2010 et Ton âme corail en 2023, j’écris des recueils de poésie et je publie des articles scientifiques qui traitent de mes recherches, de mes questionnements sur l’humanité et ma « décolonisation des imaginaires coloniaux ».